Herta Müller, auteur allemande née en Roumanie en 1953, a remporté en octobre dernier le prix Nobel de littérature pour avoir « avec la densité de la poésie et la franchise de la prose, dépeint l’univers des déshérités ». Voici la critique de l’un de ses romans, La Convocation, paru en 2001.

Le livre décrit le quotidien d’une femme dans la Roumanie de Ceausescu. D’elle on ne connaît presque rien, ni son nom, ni son âge, ni son apparence, juste qu’elle est convoquée par la police d’Etat, la Securitate.
Son crime ? Avoir glissé dans la poche d’un pantalon pour homme un billet dans lequel elle avait inscrit « épouse moi » suivi de ses nom et adresse alors qu’elle était encore ouvrière dans une usine de vêtements confectionnés pour les européens de l’Ouest.
Renvoyée de l’usine, elle est depuis convoquée. Parfois plusieurs fois par semaine, toujours à dix heures du matin.
Dans ce roman, l’auteur raconte en fait deux histoires : la première est celle du voyage en tramway qui conduit notre héroïne depuis son domicile jusqu’au bureau du commandant Aldu, l’homme qui l’interroge. Un voyage entrecoupé par les pensées, les souvenirs de la jeune femme. Une deuxième histoire dans laquelle on découvre le quotidien des roumains. Les peurs, les douleurs, les petits rituels qui permettent de se maintenir en vie dans un régime où humiliation et frustration sont quotidiennes. Au fil des pages on s’imagine le chômage, l’alcoolisme chronique des hommes, les tentatives de fuites, la mort, la solitude.
Mais au delà de ce réel témoignage contre la dictature et pour la liberté, La Convocation est surtout une histoire tissée d’émotions, renforcée par le style littéraire employée par son auteur. Un style à la fois poétique – et qui ne manque pas de rappeler la géniale fantaisie de Boris Vian – qui se conjugue à un vocabulaire assez populaire. Les phrases, courtes et rythmées, apportent un réel dynamisme à l’histoire. Elles renforcent les angoisses, la critique de cette dictature vécue au quotidien et le combat d’Herta Müller, celui d’écrire pour lutter contre l’oubli. Car selon elle, vingt ans après la mort du dictateur roumain Ceausescu, « en Roumanie, on fait comme si ce passé s’était évanoui dans les airs. Le pays tout entier souffre d’amnésie« .
La portée de ce livre est d’autant plus forte qu’il possède une part autobiographique. Herta Müller, née dans le petit village roumain de Nitzkydorf en 1953, appartenait à la minorité germanophone du village. A la fin des années 1960, elle se rapproche d’un groupement politique qui rassemblait des auteurs revendiquant la liberté d’expression. Rapprochement qui lui a valu des ennuis puisque plus tard, devenue traductrice dans une usine de machines, elle a refusé de donner des renseignements sur ce groupe à la Securitate et a pour cela perdu son emploi…
Son dernier opus, Atemschaukel, (La Balançoire du souffle) retrace la vie d’un prisonnier dans les camps de concentration russe est paru cette année, et sera traduit en français pour 2010.
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